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Traduction : la retranscription excessive nuit aux sous-titres Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par DioKuan   
02-03-2008

Cette petite réflexion spontanée et assez générale sur certains phénomènes de la traduction dans les sous-titres me permet d’inaugurer la rubrique « Tribune libre » du site, destinée aux articles qui relèvent davantage de la prise de position subjective que de l’étalage de règles factuelles.

Il y a, dans le fansub particulièrement, une tendance à traduire à l’excès, ou plutôt, à retranscrire des éléments que le spectateur comprend seul ou qu’il déduit généralement des voix de la bande-son originale ou de l’image. Or, sous-titrer, c’est au contraire se soumettre à des contraintes spatio-temporelles qui obligent à aller à l’essentiel en résumant certains phrases, en supprimant les éléments immédiatement compréhensibles ou qui se répètent. Dans une phrase comme : « John ! John ! John ! Viens ici ! », la triplication sera ainsi généralement omise : « John ! Viens ici ! ». Il faut en somme réduire au maximum l’attention que porte le spectateur aux sous-titres. Quelques exemples pour illustrer mon propos :

  • Quand un personnage fait juste un « hmm » en hochant la tête de haut en bas en signe d’acquiescement, on voit souvent apparaître un « oui », un « O.K. », un « hmm »… Selon moi, c’est le type de retranscription totalement inutile, car le son et l’image suffisent amplement à la compréhension (de même que personne n’a encore songé à retranscrire les bruits, ce n’est pas de la bande dessinée).


Au-delà de la différence de retranscription qui ne se justifie pas (il n’y a aucune différence auditive ou visuelle), on peut légitimement se demander si les sous-titres ne font pas double-emploi.


Le même phénomène dans les VOSTA : le personnage fait oui de la tête avec un bref « hmm ». N’était-ce pas suffisamment explicite ?


Un sous-titre qui n’apporte rien de plus à ce que j’entends déjà parfaitement. En soi, le sous-titre « Mhmm » (en passant, le [h] est étrangement placé), est dépourvu de charge sémantique : seule l’intonation (que le sous-titre est incapable de retranscrire) permet de déterminer s’il s’agit d’un doute, d’une affirmation, d’une hésitation...

  • Certains traducteurs zélés emploient les capitales quand un personnage crie, information pourtant suffisamment audible (cette dérive vient très probablement des « codes » du « tchat »). Par ailleurs, on nage en plein subjectivisme : comment déterminer le niveau sonore qui entraînera l’utilisation des capitales ? Et tant qu’on y est, pourquoi ne pas s’amuser avec la taille des polices, et mettre du 4 quand un personnage murmure ? [Traditionnellement, les capitales dans les sous-titres sont réservées aux informations qui apparaissent écrites sur l’écran (panneaux, titres de journaux...). Les teams aimant faire de l’« édit » (avec plus ou moins de réussite, souvent moins que plus d’ailleurs), il est vrai que l’usage de la capitale à cet effet est quasi inexistante.]

  • Il existe aussi un procédé appelé « étirement », retranscription d’un phénomène essentiellement sonore (d’où son inutilité dans les sous-titres) et qui consiste à allonger un ou plusieurs phonèmes, généralement pour rendre plus sensible certaines émotions (en revanche, la multiplication des consonnes muettes relève du non-sens). Dans le même registre, certains aiment jouer avec l’intensité de la « ponctuation expressive » en multipliant les signes : !!!!, ?!?!


Il me semblait bien avoir entendu un cri de ce genre, mais c’est gentil de me le confirmer (question subsidiaire : sachant qu’il y a 21 a, combien de secondes à duré le cri ?)


L’étirement de la voyelle finale « muette » est une absurdité (c’est le « ai » qui aurait dû être allongé, à défaut d’un simple mais efficace « Capitaine ! »)


J’aimerais bien qu’on m’explique la différence de prononciation entre un « Ah ! » et un « Ahhhhh ! »... (à moins qu’on veuille retranscrire le silence ?)


C’est sûr que « Roberta ! Ne perds pas contre elle ! » aurait été beaucoup moins joli...


Quel est l’imbécile qui a dit qu’il ne fallait pas abuser des signes de ponctuation ?

  • Pour finir, quelques exemples ne faisant pas partie des catégories précédentes.


Le traducteur a été très minutieux, mais le sous-titre est inutile en soi (je précise ici que ce sont des personnes qui s’échauffent la voix).


Ma foi, c’est un joli ~, j’avoue que je ne sais pas ce qu’il est censé retranscrire, si vous avez la réponse...


Les deux personnages disent la même chose en même temps, le sous-titre est inutilement doublé, sans compter qu'il devient inesthétique...

Vous l’aurez compris, je suis un adepte de la sobriété et de la concision. En somme, quand le spectateur ne fait que lire ce qu’il entend déjà clairement, le sous-titre est redondant, il perd sa raison d’être et devient superflu (pire, il détourne inutilement son attention de l’image). Le traducteur-adaptateur doit se prémunir contre la tentation de tout retranscrire (tâche d’ailleurs impossible) ou d’utiliser des procédés qui, légitimes dans un écrit, perdent leur raison d’être dans un sous-titre. Certains me rétorqueront peut-être qu’ils le font pour les malentendants. C’est oublier un peu vite que cela nécessiterait d’appliquer des règles contraignantes et bien spécifiques qu’aucune team n’a jamais appliquées.

Vos avis sur la question m’intéressent, n’hésitez pas à me laisser des commentaires (et si vous voulez appronfondir le sujet, vous pouvez notamment lire ceci).